Cybersquatting et typosquatting : le vol de nom de domaine expliqué (et comment réagir)

Quelqu'un a enregistré un domaine avec votre nom ? Cybersquatting, typosquatting, fraude au virement : les risques réels et la procédure belge.

Cybersquatting et typosquatting : protection du nom de domaine d'entreprise

Le cybersquatting consiste à enregistrer un nom de domaine correspondant au nom, à la marque ou à l'activité d'autrui, pour en tirer profit : revente, détournement de trafic, ou fraude. Sa variante la plus dangereuse pour une PME est le typosquatting : un domaine à une lettre près du vôtre, utilisé pour usurper votre identité. En Belgique, une procédure rapide permet de récupérer un domaine .be enregistré abusivement.

1
Une seule lettre d'écart entre votre domaine et sa copie peut suffire à rendre crédible un faux email de votre entreprise. Le typosquatting est l'ingrédient de base des fraudes au virement : ni vos clients ni vos fournisseurs ne relisent un nom de domaine caractère par caractère.

Quel est le vrai danger pour une PME ?

Pas la revente spéculative du domaine, désagréable mais rarement coûteuse. Le vrai danger est l'usurpation : avec limelogic remplacé par lime1ogic ou limelogique, un fraudeur envoie des emails qui semblent venir de chez vous, à vos clients (fausses factures avec un « nouveau » numéro de compte), à vos fournisseurs, ou à vos propres collaborateurs (faux email du dirigeant demandant un virement urgent). Ces fraudes au virement font partie des attaques les plus rentables qui existent, précisément parce qu'elles n'exigent aucune prouesse technique : un domaine à 10 euros, une adresse email, et l'inattention naturelle de destinataires pressés.

Que faire si quelqu'un a enregistré « votre » domaine .be ?

La Belgique dispose d'un dispositif efficace, et méconnu. Première voie, la procédure alternative (ADR) : DNS Belgium, le gestionnaire des noms en .be, a confié au CEPANI (le Centre belge d'arbitrage et de médiation) une procédure entièrement en ligne où un tiers décideur indépendant tranche le litige et peut ordonner le transfert du domaine à votre profit. Les délais sont courts (l'ensemble se joue en quelques semaines, là où un procès prendrait des années) et les frais, de l'ordre de 1 750 € hors TVA, vous sont intégralement remboursés si votre plainte est jugée fondée : c'est alors le squatteur qui paie. Seconde voie, judiciaire : la loi belge du 26 juin 2003 sur l'enregistrement abusif des noms de domaine permet une action en cessation devant le tribunal. Et en amont de tout cela, un accord amiable reste parfois le chemin le plus court : certains squatteurs lâchent le domaine dès le premier courrier d'avocat. Le SPF Économie publie une bonne synthèse du cadre légal.

Comment s'en prémunir avant que ça arrive ?

Trois mesures, par ordre de coût croissant. Un : configurez l'authentification de votre messagerie (les protocoles SPF, DKIM et DMARC), qui empêche qu'on envoie des emails en usurpant votre domaine exact ; c'est une configuration, pas un achat, et elle devrait être en place partout. Deux : enregistrez défensivement les variantes évidentes de votre nom (le .be et le .com, le nom avec et sans tiret) ; quelques dizaines d'euros par an pour fermer les portes les plus tentantes. Trois : sensibilisez vos équipes à la règle d'or des fraudes au virement, qui ne coûte rien et arrête presque tout : tout changement de coordonnées bancaires d'un fournisseur se vérifie par téléphone, au numéro déjà connu, jamais à celui de l'email.

Notre pratique : la protection contre l'usurpation de domaine ne s'achète pas en produit, elle se configure et s'entretient. SPF, DKIM et DMARC correctement déployés sur la messagerie, et des utilisateurs entraînés à reconnaître les signaux d'une fraude, arrêtent l'immense majorité des tentatives, quel que soit le domaine que l'attaquant a enregistré.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre cybersquatting et typosquatting ?

Le cybersquatting enregistre le nom exact d'autrui (votre marque en .com si vous n'avez que le .be, par exemple) pour en tirer profit. Le typosquatting enregistre une variante proche (une lettre changée, un tiret ajouté) pour tromper des destinataires inattentifs, typiquement dans des fraudes par email.

Combien coûte la récupération d'un domaine .be ?

La procédure alternative via le CEPANI coûte 1 750 € hors TVA, avancés par le plaignant et intégralement remboursés si la plainte est jugée fondée : les frais sont alors récupérés auprès du titulaire illégitime. Un accord amiable préalable peut coûter bien moins.

SPF, DKIM et DMARC protègent-ils contre le typosquatting ?

Partiellement. Ces protocoles empêchent l'usurpation de votre domaine exact, ce qui est indispensable. Mais ils ne peuvent rien contre un domaine différent du vôtre, même d'une seule lettre : contre le typosquatting, les parades sont l'enregistrement défensif des variantes et la vigilance des destinataires.